Plus besoin de consultation chez un ophtalmologue, les orthoptistes pourront désormais prescrire eux-mêmes des lunettes à leurs patients. L’assemblée nationale a voté, vendredi 22 octobre, en faveur d’activités élargies pour ces professionnels de la rééducation des yeux.

CREDIT : MACSF

Si le gouvernement y voit une manière de faciliter l’accès aux soins visuels pour les Français, les ophtalmos, en grève depuis vendredi et jusqu’au 31 octobre, y voient une « dégradation de la qualité des soins ».

La mesure à l’article 40 du projet de budget 2022 de la Sécu est à l’origine d’une grève depuis vendredi et jusqu’au 31 octobre des ophtalmos, mobilisés à l’appel de leur principal syndicat, le Snof, contre ce qu’ils voient comme une “dégradation de la qualité des soins” avec l’accès direct à ces professionnels paramédicaux.

Le gouvernement défend à l’inverse une mesure à même de faciliter l’accès aux soins visuels pour les Français, compte tenu des délais d’attente pour les rendez-vous chez l’ophtalmo.

Les délais moyens d’attente étaient en 2018 de 80 jours, avec des écarts régionaux importants, selon les chiffres du gouvernement. Mais le Snof avance une étude plus récente montrant des délais en nette baisse.

« La concertation (avec la profession) a eu lieu depuis fin mars » et « nous allons être précis dans le décret » d’application sur les tranches d’âge concernées – 16 à 42 ans a priori – ou la prescription de correction de lunettes ou lentilles autorisée pour les orthoptistes, a assuré la ministre Brigitte Bourguignon devant les députés.

Mais quasiment tous les groupes d’opposition avaient déposé des amendements de suppression de l’article, qui va empêcher ou retarder le dépistage de maladies de l’oeil, redoutent-ils.

« L’objectif est louable » mais cela risque d’entraîner « une médecine à deux vitesses », selon que l’on va chez l’orthoptiste ou chez l’ophtalmologue, a fait valoir Thibault Bazin (LR), qui a plutôt suggéré de « favoriser l’installation » d’ophtalmos dans les zones sous-dotées.

La mesure proposée « ne règle pas les inégalités territoriales », a aussi avancé Pierre Dharréville (PCF), alors que l’implantation des deux professions est souvent identique.

Plus tard dans la soirée, l’Assemblée a voté en faveur de l’expérimentation d’un accès direct, sans ordonnance, aux kinésithérapeutes ainsi qu’aux orthophonistes exerçant dans une structure de soins coordonnés.

Ces expérimentations doivent se tenir dans six départements et durant trois ans. Cela vise à faciliter les soins dans les zones où il y a peu de médecins, ces déserts médicaux que le gouvernement peine à pallier.