Margaux Pinot répond ainsi au tribunal de Bobigny qui a relaxé mardi son compagnon, jugé pour violences conjugales à l’encontre de la judokate. Le parquet a fait appel.

CREDIT  : Instagram Margaux Pinot

L’oeil gauche est gonflé à l’extrême, tout comme le nez et une partie du front, des coupures et hématomes tapissent désormais son visage. Margaux Pinot a eu le courage de poster une photo d’elle sur les réseaux sociaux ce mercredi, après l’annonce de la relaxe concernant son entraîneur et compagnon Alain Schmitt.

Avec un message: “Dans la nuit de samedi à dimanche, j’ai été victime d’une agression à mon domicile par mon compagnon et entraîneur. J’ai été insultée, rouée de coups de poings, ma tête a été frappée au sol à plusieurs reprises. Et finalement étranglée. J’ai cru mourir, j’ai réussi à m’enfuir pour me réfugier chez mes voisins qui ont immédiatement appelé la police, complète-t-elle. J’ai plusieurs blessures dont une fracture au nez et 10 jours d’Interruption Temporaire de Travail. Aujourd’hui la justice a décidé de le relaxer. Que vaut leur défense calomnieuse face à mes blessures, et le sang jonchant le sol de mon appartement? Que manquait-il? La mort au bout, peut-être? C’est probablement le judo qui m’a sauvé. Et mes pensées sont aussi pour celles qui ne peuvent pas en dire autant.”

Le doute a profité à l’accusé. Le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé mardi l’entraîneur et ex-membre de l’équipe de France de judo Alain Schmitt de faits de violences conjugales sur la championne olympique Margaux Pinot, après une audience ayant opposé des versions contradictoires. Jugé en comparution immédiate mardi soir à Bobigny, l’ex-entraîneur avait donc été relaxé. Mais le parquet a fait savoir qu’il allait faire appel de cette décision, avant même la publication du message de Margaux Pinot.

L’entraîneur et ex-membre de l’équipe de France de judo devait quitter la France cinq heures après les faits, direction Israël où il est attendu pour prendre les rênes de l’équipe nationale féminine. Médaillé de bronze aux Mondiaux de 2013 (-81 kg), il envisageait son départ comme un « réel changement de vie » après six années comme entraîneur au sein de l’Étoile Sportive du Blanc-Mesnil où il entraînait des athlètes comme Madeleine Malonga.

Margaux Pinot a reçu le soutien de plusieurs athlètes tricolores, notamment d’Amandine Buchard, médaillée d’or par équipes avec sa compatriote aux JO de Tokyo mais aussi de Clarisse Agbégnénou. «Je n’ai pas les mots pour exprimer tout ce qui se passe dans ma tête et mon corps en tant que femme face à ce que ma coéquipière Margaux Pinot a subi. D’autant plus choquée de la décision de la justice. Que faut-il pour que les sanctions tombent, la mort?», a alerté la quintuple championne du monde et double championne olympique.

“Relaxé vous avez dit ? Manque de preuves vous avez dit ? […] Qu’attend la justice pour sévir ?”, a tweeté avec virulence Amandine Buchard, médaillé d’argent des moins de 52 kilos à Tokyo.

Sur la même longueur d’onde, Teddy Riner, double champion olympique des plus de 100 kilos, a aussi fustigé cette décision. “Que faut-il faire pour que les victimes soient entendues ?”, a ainsi déploré le judoka de 32 ans.

Le président de la Fédération française de judo, Stéphane Nomis, a également réagi auprès de l’AFP : “On n’a pas compris et on a été abasourdi, on a pris un KO par la décision. Ca fait une journée que j’essaie de comprendre. Je ne comprends pas comment on peut dire qu’il y a une absence de preuves. Je n’ai pas tout le dossier, mais quand on voit son état, j’ai du mal à comprendre que quelqu’un puisse dire absence de preuves. Pour le commun des mortels, absence de preuves en voyant la tête de Margaux, c’est incompréhensible. (…) On va bien évidemment être très, très attentifs à la décision définitive, elle va avoir notre soutien, l’opinion est avec elle, la fédération est avec elle.”