« Nous ne sommes pas à vendre » : Au Groenland, la population rejette en bloc les convoitises américaines

L’idée avait suscité des sourires incrédules en 2019 ; elle provoque aujourd’hui l’angoisse. Alors que Washington remet sur la table son projet d’acquisition de la plus grande île du monde, les Groenlandais se préparent au pire, tiraillés entre leur désir d’indépendance et la peur de devenir un simple avant-poste militaire américain.

L’Arctique est en ébullition. La relance par l’administration Trump du projet de « rachat du Groenland » a transformé ce territoire autonome du Danemark en un point chaud de la diplomatie mondiale. Mais sur place, la stratégie immobilière de la Maison Blanche se heurte à un mur de glace : la volonté farouche des 56 000 habitants de ne pas être bradés.

Au Groenland, la population rejette en bloc les convoitises américaines

Au Groenland, la population rejette en bloc les convoitises américaines

Kits de survie et climat de tension

La gravité de la situation se mesure à la réaction inédite du gouvernement local. En réponse à la rhétorique agressive de Washington, le Premier ministre groenlandais a officiellement conseillé à la population de se préparer à toute éventualité.

Les consignes rappellent les heures sombres de la Guerre Froide : les foyers sont invités à constituer des stocks d’eau potable, de nourriture non périssable et, fait notable dans cette culture de chasseurs, à s’assurer d’avoir des munitions pour leurs fusils. Cette directive a jeté un froid sur l’île, matérialisant la menace d’une déstabilisation politique majeure.

Le choc des modèles de société

Au-delà de la souveraineté, c’est un véritable rejet culturel qui s’exprime. Pour les Groenlandais, intégrer le giron américain signifierait la perte d’un acquis social fondamental.

« Nous avons l’éducation et la santé gratuites, nous sommes protégés. Le modèle américain, ce n’est pas notre monde et nous n’en voulons pas », résume un universitaire local. La crainte de voir leur système social de type scandinave (financé en grande partie par Copenhague) remplacé par le libéralisme à l’américaine est un puissant moteur de résistance.

La proposition américaine, qui inclurait selon certaines sources l’organisation d’un référendum financier pour « séduire » les habitants, est perçue comme une insulte. « Nous sommes un peuple, pas un bien immobilier », martèlent les résidents, refusant d’être comparés à l’Alaska, acheté à la Russie au XIXe siècle.

Les vraies raisons de l’intérêt américain

Pourquoi cet acharnement de Washington ? La réponse se trouve sous la glace qui fond trois fois plus vite que la moyenne mondiale.

  1. Ressources Critiques : Le sous-sol groenlandais regorge de terres rares et de minéraux essentiels pour les technologies de pointe (batteries, armement), que les États-Unis veulent impérativement sécuriser hors de portée de la Chine.

  2. Routes Maritimes : Le recul de la banquise ouvre de nouvelles voies de navigation stratégiques que Washington veut contrôler.

  3. Position Militaire : Face à la Russie et à la présence croissante de la Chine en Arctique, l’île est une « porte-avions naturel » indispensable pour l’OTAN.

Entre deux empires

L’ironie de la situation est cruelle pour le Groenland. Colonisée pendant des siècles par le Danemark — une période marquée par l’effacement des traditions inuites —, l’île aspire majoritairement à l’indépendance totale. Cependant, le réalisme économique (la moitié du budget dépend des subsides danois) freine ce processus. La proposition de Donald Trump est vue par beaucoup comme un retour au colonialisme le plus brutal : l’échange d’une tutelle européenne lointaine mais bienveillante contre une domination américaine motivée uniquement par la prédation des ressources.