Au Brésil, le supplice d’un chien par une « jeunesse dorée » réveille le spectre de l’impunité

GRAND ANGLE – Dans la station balnéaire huppée de Praia Brava, le lynchage d’un chien communautaire par des adolescents issus de la haute bourgeoisie a provoqué une onde de choc nationale. Entre pressions judiciaires, omerta et fuite vers les parcs d’attractions américains, l’affaire « Orelha » met en lumière la dérive morale d’une certaine élite et interroge la complaisance de la justice des mineurs.

Chronique d’une cruauté impunie : L’Affaire du chien Orelha, symbole de la lutte contre les privilèges au Brésil

Chronique d’une cruauté impunie : L’Affaire du chien Orelha, symbole de la lutte contre les privilèges au Brésil

C’est un drame qui semble condenser, à lui seul, les fractures sociétales et la déliquescence morale de notre époque. À Florianópolis, dans le sud du Brésil, le cadre est idyllique. Praia Brava est une enclave pour privilégiés, un havre de paix où l’on cultive l’entre-soi. C’est dans ce décor feutré que s’est noué, au cœur de la nuit du 4 janvier, un acte d’une barbarie inouïe. Orelha, un chien de rue adopté par la communauté, placide et âgé de dix ans, a été battu à mort, le crâne fracassé à coups de bâton.

Les auteurs présumés de ce lynchage ne sont pas des délinquants issus des favelas, mais quatre adolescents issus de la grande bourgeoisie locale. Un acte de cruauté gratuite qui, depuis, a mis le feu aux poudres d’un pays pourtant habitué à la violence quotidienne, rappelant avec force l’adage de Gandhi : « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités. »

L’indécent privilège de l’impunité

Si le crime lui-même glace le sang, c’est la suite des événements qui a cristallisé la colère populaire. Pendant qu’Orelha agonisait sur une table de vétérinaire avant d’être euthanasié, deux de ses bourreaux présumés s’envolaient pour les États-Unis. Destination : les parcs d’attractions de Disney World en Floride. Ce décalage obscène entre l’atrocité du geste et la frivolité d’un séjour touristique apparaît comme le symptôme d’une jeunesse nantie, déconnectée de la réalité et persuadée de son invulnérabilité.

L’attitude des parents a achevé de transformer ce fait divers en scandale d’État. Loin de faire amende honorable, les familles ont immédiatement déployé leur armada juridique et financière pour étouffer l’affaire. Intimidations à l’encontre du concierge de la résidence – un travailleur modeste qui a osé parler –, menaces et tentatives de censure : les patriarches ont exigé le silence. La justice, au nom du sacro-saint principe de la protection des mineurs, a d’ailleurs ordonné aux réseaux sociaux d’effacer toute trace permettant d’identifier les auteurs. Un anonymat qui résonne, pour l’opinion publique brésilienne, comme un totem d’immunité.

La cruauté animale, antichambre de la violence humaine

Au-delà de l’émoi légitime des défenseurs de la cause animale, ce dossier soulève une question d’ordre public majeure. Les experts psychiatriques et les criminologues sont formels : la cruauté envers les animaux à l’adolescence est un marqueur clinique inquiétant. Elle traduit une absence totale d’empathie, caractéristique des personnalités sociopathes.

Celui qui est capable, à seize ou dix-sept ans, de torturer méthodiquement un être sans défense, de le laisser agoniser, puis de partir en vacances sans le moindre remords, a franchi une digue morale. Dès lors, il devient une menace pour ses semblables. Si cette jeunesse dorée traite ainsi un animal, quel sort réserve-t-elle à un être humain qu’elle jugerait « inférieur » socialement ?

Un avertissement pour l’Europe

Ce drame, bien que lointain, doit interpeller les pouvoirs publics français. En France, la loi du 30 novembre 2021 a certes durci les peines pour cruauté animale, portant la sanction à 5 ans de prison. Mais face à des mineurs, la culture de l’excuse et la lourdeur du Code de la justice pénale des mineurs auraient sans doute abouti, ici aussi, à un classement ou à de simples mesures éducatives pour des jeunes issus de « bonnes familles ».

Toutefois, face au profil hautement dangereux de ces jeunes sociopathes brésiliens, l’Europe ne saurait rester passive. Les États-Unis n’hésitent jamais à révoquer des visas pour des délits mineurs. Au nom du principe de précaution et de la sécurité publique, il est impératif que les frontières de l’Espace Schengen se ferment à ces individus. La richesse ne doit plus être un passeport pour l’impunité, ni au Brésil, ni en France. L’ordre et la justice l’exigent.


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