
SAISON 12 / EPISODE 6
Depuis plus de vingt ans, la téléréalité s’est installée durablement dans notre quotidien. Aimée, critiquée, parfois méprisée, elle divise. Pour certains, elle incarne un divertissement facile, accusé d’appauvrir la pensée et de normaliser les clichés. Pour d’autres, elle est avant tout le reflet brut de notre société, de ses rêves, de ses excès et de ses contradictions.
Dans le même temps, une autre révolution s’est imposée : celle des influenceurs. Nouveaux visages de la notoriété, suivis par des millions de personnes, ils influencent les modes, les discours, les comportements… au point de concurrencer parfois les médias traditionnels, les artistes ou les intellectuels.
Mais faut-il y voir une menace pour la culture dite “classique” — celle de l’école, des livres, du cinéma ou du théâtre — ou simplement l’émergence de nouvelles formes culturelles, en phase avec leur époque ?
Derrière ces phénomènes, une question centrale se pose : assistons-nous à un effondrement culturel ou à une transformation profonde de nos repères ? La téléréalité est-elle un simple divertissement coupable ou un miroir de notre société ? Nos spécialistes en plateau répondront à vos questions.
Écrans, likes et célébrité : la culture est-elle en train de changer de visage ? C’est tout de suite dans Faut qu’on en parle !
Les invités de l’émission :
- Gary JARNY – Candidat de télé-réalité, comédien et chroniqueur
- Olivier DURIS – Psychologue clinicien, Docteur en psychopathologie et psychanalyse
Les chiffres sur l’émission « Écrans, likes et célébrité : la culture est-elle en train de changer de visage ? »
La téléréalité tire-t-elle la culture vers le bas ?
En France, près de 6 Français sur 10 (≈ 60 %) déclarent regarder ou avoir déjà regardé de la téléréalité, au moins occasionnellement. Pourtant, plus de 65 % estiment que ces programmes donnent une image “appauvrie” de la société. Un paradoxe clair : on regarde… mais on critique.
La téléréalité influence-t-elle les comportements et les aspirations ?
Chez les 15–24 ans, près d’un jeune sur deux (≈ 48 %) affirme que les candidats de téléréalité représentent une forme de réussite sociale. À l’inverse, 70 % des plus de 40 ans considèrent que ces programmes véhiculent de “mauvais modèles”. Un clivage générationnel net.
Les influenceurs ont-ils plus d’impact que les médias traditionnels ?
Chez les 18–30 ans, près de 55 % déclarent s’informer d’abord via les réseaux sociaux, contre moins de 30 % via la télévision.
1 jeune sur 3 fait davantage confiance à un créateur de contenu qu’à un média traditionnel sur certains sujets. Une rupture majeure dans la transmission de l’information et de la culture.
Les influenceurs détournent-ils de la culture classique ?
62 % des enseignants estiment que les réseaux sociaux réduisent le temps consacré à la lecture et aux pratiques culturelles traditionnelles. Mais en parallèle, près de 40 % des jeunes disent avoir découvert des livres, des films ou des sujets culturels grâce à des influenceurs. Le numérique apparaît à la fois comme un frein… et comme une porte d’entrée.
Pour écouter les coulisses de l’émission et la suite avec nos invités, c’est ici !
Pour aller plus loin
Écrans, likes et célébrité : la culture est-elle en train de changer de visage ?
La téléréalité : laboratoire de la célébrité moderne
La téléréalité n’est pas seulement un genre télévisuel : c’est aussi un laboratoire de la célébrité contemporaine. Depuis l’arrivée en France d’émissions comme Loft Story, la frontière entre anonymat et notoriété s’est considérablement réduite. Là où la célébrité était autrefois le résultat d’un talent reconnu – artistique, sportif ou intellectuel –, elle peut désormais naître d’une exposition médiatique intense.
La téléréalité met en scène des individus ordinaires dans des situations extraordinaires, créant une forme de narration du réel. Elle raconte les rivalités, les alliances, les stratégies sociales, mais aussi les rêves de réussite rapide. Pour certains sociologues, ces programmes fonctionnent comme un miroir de nos sociétés : ils exposent les codes de la compétition, la valorisation de l’image et la quête permanente de reconnaissance.
Les influenceurs : une nouvelle économie de l’attention
Avec l’essor des réseaux sociaux comme Instagram, TikTok ou YouTube, la logique de la célébrité a encore évolué. Les influenceurs incarnent une forme de notoriété plus directe, fondée sur la proximité avec leur communauté. Ils ne sont plus simplement des visages à l’écran : ils partagent leur quotidien, leurs opinions, leurs émotions.
Cette proximité crée un sentiment d’authenticité qui renforce leur influence. En réalité, elle s’inscrit aussi dans une véritable économie de l’attention : chaque publication, chaque vidéo, chaque story devient un moyen de capter quelques secondes d’intérêt dans un univers saturé de contenus. Les influenceurs ne sont pas seulement des créateurs : ils sont aussi des entrepreneurs de leur propre image.
La culture face à de nouveaux codes
Ces transformations interrogent la place de la culture dite “classique”. Les livres, le cinéma, le théâtre ou encore la musique savante reposent souvent sur des temporalités longues : apprendre, approfondir, analyser. À l’inverse, les plateformes numériques privilégient l’instantanéité, la réaction immédiate, la viralité.
Pour autant, opposer ces deux univers serait sans doute trop simple. L’histoire culturelle montre que chaque révolution médiatique – de l’imprimerie à la télévision – a suscité les mêmes inquiétudes. Les formes culturelles évoluent, se transforment, se mélangent. Aujourd’hui, un créateur peut émerger sur internet avant d’être reconnu par les circuits traditionnels, et inversement.
Une transformation plus qu’un déclin
La question n’est peut-être pas de savoir si la culture s’appauvrit, mais plutôt de comprendre comment elle se reconfigure. Les écrans et les réseaux sociaux ont profondément modifié les manières de produire, de diffuser et de consommer les contenus. Ils ont aussi démocratisé l’accès à la parole publique : chacun peut désormais publier, commenter, critiquer, créer.
Cette ouverture a un revers : elle brouille les repères entre information, divertissement et promotion personnelle. Mais elle révèle aussi une société où la culture devient plus participative, plus fragmentée et plus interactive.
Une interrogation pour notre époque
Derrière la téléréalité, les influenceurs et les réseaux sociaux se cache en réalité une question plus large : celle de la valeur que nous accordons à la visibilité. Dans une société où l’image circule en permanence et où la reconnaissance se mesure parfois en likes ou en abonnés, la célébrité elle-même change de sens.

