Le cacao brésilien s’offre un nouveau terroir dans les forêts du Sud

 

Arnaud Vanille spécialiste de la vanille et du cacao vient de découvrir dans le Sud du Brésil, des plantations de cacao, oui oui, vous allez tout savoir.

Pour découvrez un peu plus sur le monde du cacao lisez ses aventures sur son blog, blog.lecomptoirdetoamasina.fr.

Le monde du cacao va être révolutionné 

À l’ombre de la forêt atlantique du Paraná, loin des terres historiques de Bahia, une poignée de pionniers parie sur un cacao de haute précision. En misant sur l’agroforesterie et les microclimats frais, ces producteurs transforment une culture tropicale en un produit de luxe destiné au marché mondial du chocolat fin.

Au Brésil, le cacao a longtemps eu un visage immuable : celui des plantations solaires de l’État de Bahia ou des vastes étendues de l’Amazonie, qui concentrent à elles seules 90 % de la production nationale. Mais une rupture géographique est en train de s’opérer. À plus de 1 500 kilomètres au sud, sur le littoral de l’État du Paraná, une nouvelle frontière cacaoyère émerge là où personne ne l’attendait.

Dans la commune de Morretes et le long de la vallée de Ribeira, l’enjeu n’est pas de rivaliser sur les volumes, mais de redéfinir la valeur. Ici, le climat plus frais, souvent perçu comme un obstacle, devient un allié agronomique. Selon les experts locaux, cette maturité plus lente, dictée par les latitudes méridionales, confère aux fèves des profils aromatiques complexes, marqués par des notes florales et fruitées, indispensables à la fabrication des chocolats dits « de spécialité ».

L’agroforesterie comme bouclier et levier de croissance

Pour réussir ce pari sous des cieux moins cléments que ceux du Nordeste, les agriculteurs paranaenses ont dû réinventer leur modèle de production. La réponse tient en deux mots : agroforesterie régénérative. Plutôt que de déboiser, le cacao est implanté directement sous la canopée de la Mata Atlântica, la forêt atlantique native.

À la Station Marumby, Luiz Paulo Gnatta conduit ainsi cinq hectares où le cacaoyer cohabite harmonieusement avec des bananiers et des avocatiers. Ce couvert forestier ne se contente pas de préserver la biodiversité ; il agit comme un régulateur thermique vital, protégeant les arbres des vents froids et stabilisant l’humidité. « Le cacao tolère très bien cet ombrage, ce qui rend le système extrêmement résilient », explique le producteur, qui voit dans ce modèle un double bénéfice : un revenu immédiat grâce aux fruits et une valorisation à long terme de sa production de fèves.

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Une filière « Bean-to-Bar » en pleine structuration

Cette dynamique n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un écosystème qui se structure rapidement. Sous l’impulsion de la chocolaterie artisanale Macondo et avec le soutien technique de l’Institut de développement rural du Paraná (IDR-PR), une quarantaine de propriétaires terriens se forment aux exigences du marché international.

L’ambition dépasse désormais le stade expérimental. Des entrepreneurs comme Gabriel Abreu prévoient de tripler leurs surfaces cultivées d’ici quelques années pour atteindre 15 hectares. Si le cycle naturel impose d’attendre trois à quatre ans avant les premières récoltes significatives, la rentabilité promise par le segment « Bean-to-Bar » (de la fève à la tablette) attire de plus en plus de capitaux.

Pour les investisseurs, le Paraná offre un argument de poids : un cacao traçable, éthique et intimement lié à la préservation de l’un des écosystèmes les plus menacés au monde. Dans un marché mondial de plus en plus exigeant sur les critères environnementaux, le « petit poucet » du sud brésilien pourrait bien devenir la nouvelle référence du luxe durable.