Le Brésil au cœur de la nouvelle « Guerre Froide » des minéraux : Entre convoitise américaine et hégémonie chinoise

Disposant des plus grandes réserves de minéraux critiques hors de Chine, le Brésil s’impose comme le pivot de la transition énergétique mondiale. Mais derrière cette manne géologique se cache un défi historique : le pays saura-t-il transformer son sous-sol en levier industriel, ou restera-t-il prisonnier de son vieux rôle d’exportateur de richesses brutes ?

La sécheresse au Brésil est la pire de l'histoire

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Washington sonne le rappel des troupes

En ce mois de février 2026, l’ambiance était électrique dans les salons feutrés de Washington. Le vice-président américain, JD Vance, y a réuni les représentants de 54 nations pour un sommet ministériel d’urgence sur les minéraux critiques. Le Brésil, invité d’honneur, y a fait entendre une voix singulière. Pour le gouvernement Lula, la question n’est plus de savoir si le Brésil doit s’allier à l’Occident, mais à quel prix.

Brasilia a envoyé un signal clair : la fin de l’ère coloniale de l’extraction. Tout accord avec les États-Unis aura désormais une condition sine qua non : le transfert de technologie et le raffinage sur le sol brésilien. C’est un bras de fer de haute intensité qui s’engage, car le temps presse et les besoins mondiaux explosent.

Une puissance géologique sans égale

Le Brésil ne manque pas d’arguments. Son inventaire géologique ressemble à un catalogue des composants du futur :

  • Terres rares : Avec 21 millions de tonnes, le pays détient les deuxièmes réserves mondiales.

  • Niobium : Un quasi-monopole avec 90 % de la production mondiale.

  • Graphite et Lithium : Des gisements massifs, notamment dans la « Vallée du Lithium » (Jequitinhonha), essentiels pour les batteries électriques.

  • Alumine : Le pays fournit déjà 60 % des importations américaines.

Pourtant, la géologie n’est pas une destinée. Si la Chine domine aujourd’hui le secteur, c’est parce qu’elle a compris, il y a trente ans, que la richesse ne résidait pas dans la mine, mais dans l’usine. Aujourd’hui, Pékin contrôle 90 % de la capacité mondiale de raffinage des terres rares. Le Brésil, malgré son trésor, n’en produit encore qu’une fraction infime.

Le « Projet Vault » contre l’hégémonie de Pékin

La tension est montée d’un cran en 2025, lorsque la Chine a restreint ses exportations de terres rares lourdes, transformant ces minéraux en véritables armes diplomatiques. En réponse, Washington a dégainé le Projet Vault, un fonds souverain de 10 milliards de dollars destiné à sécuriser ses approvisionnements et à briser sa dépendance envers Pékin.

Le Brésil est devenu, presque du jour au lendemain, un actif géopolitique de premier ordre. Mais ce nouveau statut est à double tranchant. Les capitaux américains affluent déjà : un prêt de 565 millions de dollars a été accordé à l’entreprise Serra Verde. Le risque ? Que ce capital dicte la politique avant que l’État ne puisse le réguler. « Le capital sans politique, c’est la dépendance sous un autre drapeau », s’alarment les observateurs locaux.

Éviter le piège de la « richesse stérile »

L’histoire du Brésil est jalonnée de cycles d’exportation de matières brutes — or, caoutchouc, fer — qui n’ont jamais débouché sur une industrialisation pérenne. Pour rompre ce cycle, la stratégie actuelle repose sur trois piliers :

  1. L’industrialisation locale : Ne plus exporter des concentrés de faible valeur, mais installer des usines de séparation et de raffinage sur place.

  2. Souveraineté scientifique : Créer des laboratoires conjoints entre les universités brésiliennes et américaines pour maîtriser la technologie des aimants permanents.

  3. L’avantage « vert » : Utiliser la matrice énergétique renouvelable du Brésil (hydroélectricité, éolien) pour produire de l’aluminium et de l’acier « vert » à faible empreinte carbone, un argument de poids pour les marchés occidentaux obsédés par les normes ESG.

Conclusion : Le moment de vérité

En mars prochain, une délégation de haut niveau en provenance des États-Unis est attendue à São Paulo pour des réunions techniques. Ce sera le moment de vérité pour le cadre réglementaire des minéraux critiques, qui est actuellement débattu en urgence au Congrès brésilien.

Le Brésil dispose d’un levier de négociation rare : il est l’un des rares pays dont le soutien est crucial à la fois pour Washington et pour Pékin. S’il joue finement, il pourrait transformer son sous-sol en le moteur d’une nouvelle révolution industrielle. Sinon, il ne fera que fournir, une fois de plus, le carburant de la croissance des autres.

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