
SAISON 13 / EPISODE 1
Cet été encore, les incendies ont touché de nombreux territoires en France. Et le risque ne concerne plus seulement les régions historiquement exposées : avec la sécheresse, les fortes chaleurs et le changement climatique, de nouveaux secteurs doivent désormais se préparer à des feux potentiellement plus fréquents et plus difficiles à maîtriser.
Alors, sommes-nous réellement prêts ?
Comment les secours s’organisent-ils lorsqu’un incendie majeur se déclare ? Dispose-t-on de suffisamment de moyens humains, matériels et aériens, notamment lorsque plusieurs feux surviennent simultanément ?
Mais la lutte contre les incendies commence bien avant les premières flammes : entretien des forêts, débroussaillement, surveillance, aménagement du territoire et sensibilisation de la population. Faut-il aller plus loin dans la prévention ?
Nous verrons également comment protéger les habitations, adapter nos forêts, préserver la biodiversité après le passage du feu et préparer des territoires aujourd’hui moins habitués à ce risque.
Et finalement, faut-il surtout renforcer nos moyens pour combattre les incendies, ou apprendre à mieux vivre avec le feu ?
Les invités de l’émission :
- William VOGL – Directeur de la communication au SDIS du Var
- Lieutenant-Colonel Olivier COMPTA – Chef du Groupement territorial Sud à Fontainebleau au SDIS 77
- Guillaume ANTON – Directeur des communes Forestières du Var
- Patrice HIRBEC – Vice-président de France nature Environnement et expert de la forêt
- Nicolas PLAZANET – Directeur de Forêt Modèle de Provence
- Alexander NOËL – Président de l’association PACA EMERGENCY
- Joseph CELSE – Ecologue Naturaliste, Chef de projet référent Tortue d’Hermann et Agroécologie au sein du Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur
Les chiffres sur l’émission “Incendies : après un été sous tension, sommes-nous prêts ?”
Avant de parler de prévention, quelle est aujourd’hui l’ampleur du risque incendie en France ?
La France hexagonale et la Corse comptent environ 17,6 millions d’hectares de forêt. En 2025, près de 15 800 feux de forêt et de végétation ont été recensés et environ 30 500 hectares ont brûlé. C’était 1,5 fois plus d’incendies et deux fois plus de surfaces brûlées que la moyenne observée entre 2006 et 2021.
Et justement, sait-on ce qui provoque principalement ces incendies ?
Oui, et c’est probablement le chiffre le plus important lorsqu’on parle de prévention : 9 départs de feu sur 10 sont d’origine humaine. La moitié est liée à des imprudences ou à des comportements dangereux. Autre chiffre très parlant : 80 % des feux se déclarent à moins de 50 mètres des habitations. Cela montre qu’une grande partie du risque se joue directement autour des activités humaines.
Le débroussaillement peut-il vraiment faire une différence ?
Les chiffres avancés par le ministère sont particulièrement marquants : 9 maisons sur 10 détruites lors d’un feu de forêt étaient mal débroussaillées ou ne l’étaient pas du tout. Le débroussaillement ne sert donc pas uniquement à protéger la végétation : il crée une zone de sécurité autour des habitations et facilite également l’intervention des sapeurs-pompiers.
Et est-ce que le changement climatique modifie réellement l’exposition de la France aux incendies ?
Très nettement. Entre 1961 et 1990, environ 21 % du territoire était en moyenne soumis à des conditions favorables au développement des feux de forêt. Sur la période 2016-2025, cette proportion atteint 55 %, soit environ 2,5 fois plus. Et le nombre moyen de jours de vague de chaleur est passé de 2 jours par an à 14 jours, soit sept fois plus.
Concrètement, de quels moyens dispose aujourd’hui la France pour lutter contre les grands incendies ?
La Sécurité civile dispose en 2026 de 12 Canadair, 8 Dash, et 3 avions Beechcraft. À cela s’ajoutent notamment des hélicoptères bombardiers d’eau et des appareils loués Air Tractor pendant la saison. Cet été, le dispositif pouvait représenter jusqu’à 65 vecteurs aériens bombardiers d’eau en comptant les moyens nationaux et départementaux mobilisables.
Et au sol, sur combien de moyens peut-on compter ?
Au 1er juillet 2026, le ministère de l’Intérieur indiquait que 541 engins supplémentaires ou renouvelés dans le cadre du pacte capacitaire étaient disponibles pour combattre les incendies. Plus largement, les services d’incendie et de secours français comptent près de 259 000 sapeurs-pompiers, dont environ 201 000 volontaires.
Quand un feu démarre, la rapidité d’intervention est donc essentielle ?
Oui. La doctrine française repose notamment sur l’idée de frapper très vite et très fort les départs de feu. En juin, le ministre de l’Intérieur indiquait un délai moyen d’environ 8 minutes pour intervenir massivement sur les feux de végétation, grâce notamment au prépositionnement des moyens dans les secteurs les plus à risque.
Et cet été a-t-il montré que ces moyens pouvaient être fortement sollicités ?
Oui, et le bilan de cette saison 2026 est exceptionnel. À la fin du mois d’août, au moins 120 000 hectares avaient été parcourus par les incendies en France, un niveau record. Le dernier décompte national précis communiqué début août faisait déjà état de 14 540 feux ou départs de feu depuis le début de la saison. Et Météo-France qualifie tout simplement l’été 2026 de saison des feux de forêt la plus sévère jamais enregistrée.
D’ailleurs, de nouveaux moyens ont aussi été testés cette année ?
Oui. Un A400M a été utilisé avec un dispositif permettant de larguer jusqu’à 20 tonnes de retardant en une rotation, soit l’équivalent d’environ deux Dash. Et en août, un hélicoptère lourd Chinook capable d’emporter plus de 11 000 litres d’eau et de se recharger en environ 90 secondes a également été testé dans le dispositif français.
Une fois le feu éteint, quelle est l’ampleur des dégâts à gérer ?
Sur les seuls grands incendies de Gironde et des Landes de cet été, environ 43 400 hectares ont été touchés, dont près de 39 800 hectares à Saumos et 3 600 hectares à Biscarrosse. Plus de 240 bâtiments ont été endommagés et plus de 250 000 personnes ont dû être évacuées.
Et financièrement, l’après-feu représente aussi un coût considérable ?
Oui. Pour les incendies qui ont touché la Gironde, les Landes et le Var depuis le 21 juillet, France Assureurs estime déjà à environ 25 000 le nombre de sinistres déclarés, pour un coût proche de 500 millions d’euros. Parmi eux, environ 21 000 concernent directement des particuliers.
Est-ce qu’une forêt peut se reconstruire rapidement après un incendie ?
Pas forcément. La régénération peut prendre des années, et même la biodiversité des sols, essentielle au retour de la végétation, peut nécessiter plusieurs années pour se rétablir. Les chercheurs testent d’ailleurs différentes stratégies : laisser agir la régénération naturelle, replanter, ou intervenir sur le sol lorsque la reprise ne fonctionne pas.
Et est-ce qu’on replante automatiquement après un grand incendie ?
Non. Les scientifiques recommandent d’abord d’observer comment le milieu réagit. Dans certains cas, une période d’environ deux ans peut être utilisée avant de décider d’une replantation, afin d’évaluer la régénération naturelle et l’état du terrain. Mais pendant cette période, la végétation basse qui repousse peut aussi recréer du combustible et donc un nouveau risque incendie.
Cela veut donc dire qu’après avoir éteint le feu, il faut déjà penser au prochain ?
Exactement. En juillet, alors qu’une partie de la saison était encore devant nous, près de 40 000 hectares de forêt avaient déjà été parcourus par les incendies en France en 2026, davantage que sur l’ensemble de l’année précédente. C’est notamment ce qui a conduit l’État à lancer une mobilisation spécifique sur la restauration des massifs et leur adaptation au changement climatique.
Pour écouter les coulisses de l’émission et la suite avec nos invités, c’est ici !
Pour aller plus loin
Le véritable enjeu des prochaines années ne sera probablement pas seulement de disposer de davantage de Canadair, de camions ou de sapeurs-pompiers. La difficulté sera surtout d’adapter les territoires à un risque incendie qui devient plus long, plus diffus et parfois plus intense.
Car lorsque plusieurs feux majeurs se déclarent simultanément, même un dispositif très important peut être mis sous tension. La prévention devient alors essentielle : débroussailler, entretenir les massifs, limiter l’accumulation de végétation combustible, aménager les interfaces entre forêt et habitations et mieux anticiper les évacuations.
Le changement climatique oblige également à repenser la géographie du risque. Des secteurs autrefois relativement épargnés doivent désormais intégrer le feu dans leurs politiques d’aménagement et de sécurité.
La réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur les secours. Elle implique aussi les collectivités, les propriétaires, les gestionnaires forestiers et les habitants. L’enjeu est de passer progressivement d’une logique essentiellement centrée sur la lutte contre le feu à une véritable culture du risque incendie.
Autrement dit, mieux combattre restera indispensable. Mais demain, la meilleure protection sera peut-être surtout de construire des territoires capables de mieux résister au passage du feu.

