Guerres, crises, violences, catastrophes… Les mauvaises nouvelles défilent sans interruption sur nos écrans. Alors que près d’un Français sur deux ressent une lassitude face à l’actualité, pourquoi est-il si difficile de décrocher ?

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Guerres, crises, violences, catastrophes… Les mauvaises nouvelles défilent sans interruption sur nos écrans. Alors que près d’un Français sur deux ressent une lassitude face à l’actualité, pourquoi est-il si difficile de décrocher ?
Un conflit international au réveil, une catastrophe naturelle à la pause déjeuner, un fait divers inquiétant dans l’après-midi et une nouvelle crise politique avant de dormir. En quelques heures, les informations peuvent s’accumuler au point de donner l’impression que le monde traverse une succession ininterrompue de catastrophes.

Pourtant, malgré cette sensation d’épuisement, nombreux sont ceux qui continuent à consulter les actualités, à faire défiler les publications et à vérifier les dernières alertes sur leur téléphone.

Ce comportement porte même un nom : le doomscrolling. Derrière ce terme anglais se cache un phénomène qui intéresse de plus en plus les chercheurs en psychologie.

Et les dernières études montrent que notre rapport à l’information est devenu profondément paradoxal.

Près d’un Français sur deux ressent une fatigue face à l’actualité

Le phénomène est loin d’être marginal.

Selon le baromètre 2026 de la confiance des Français dans les médias, réalisé par Verian pour La Croix, en partenariat avec La Poste, 47 % des personnes interrogées déclarent ressentir souvent de la lassitude ou du rejet face à l’actualité.

L’étude, menée auprès de 1 500 adultes, met également en évidence une difficulté croissante à faire le tri dans le flux quotidien d’informations.

Ainsi, 60 % des répondants estiment recevoir trop d’informations qui ne correspondent pas à leurs besoins, tandis que 49 % éprouvent des difficultés à identifier les informations importantes.

Autrement dit, ce n’est pas nécessairement le manque d’intérêt pour le monde qui pousse certains Français à prendre leurs distances avec l’actualité.

C’est parfois exactement l’inverse : le sentiment d’être submergé par des informations dont on ne parvient plus à mesurer l’importance.

Le Digital News Report 2026 de l’Institut Reuters confirme cette tendance. En France, 37 % des répondants déclarent éviter les informations parfois ou souvent.

Un phénomène qui soulève une question essentielle : comment continuer à s’informer sans avoir l’impression de subir l’actualité ?

Le doomscrolling, ce réflexe qui nous pousse à chercher les mauvaises nouvelles

Vous avez probablement déjà vécu cette situation.

Vous consultez votre téléphone pour connaître les dernières informations. Un article inquiétant attire votre attention. Vous cliquez, puis vous découvrez une autre publication sur le même sujet.

Quelques minutes plus tard, vous consultez des commentaires, une vidéo, puis de nouvelles actualités.

Sans vraiment vous en rendre compte, vous avez passé vingt minutes à parcourir des informations anxiogènes.

C’est précisément ce que désigne le terme doomscrolling : la tendance à consulter de manière répétitive des informations négatives ou inquiétantes, parfois même lorsqu’elles provoquent un sentiment de malaise.

Ce comportement peut sembler contradictoire.

Pourquoi continuer à regarder des contenus qui nous mettent mal à l’aise ?

Une partie de l’explication pourrait venir de notre besoin de comprendre les situations menaçantes.

Lorsqu’un événement inquiétant survient, rechercher des informations peut donner l’impression de mieux anticiper les risques et de reprendre le contrôle.

Mais cette recherche de réponses peut devenir difficile à interrompre, particulièrement lorsque de nouvelles informations apparaissent en permanence.

Pourquoi notre cerveau accorde-t-il autant d’attention aux mauvaises nouvelles ?

Les informations négatives peuvent bénéficier d’une attention particulière en raison d’un mécanisme psychologique appelé biais de négativité.

Il désigne la tendance à accorder davantage de poids à certaines expériences ou informations négatives qu’à des éléments positifs de même intensité.

Ce mécanisme peut être utile lorsqu’il s’agit de repérer un danger ou de réagir à une situation menaçante.

Mais dans un environnement numérique où les contenus se succèdent continuellement, il peut aussi favoriser une attention prolongée aux événements inquiétants.

Les réseaux sociaux et les plateformes numériques jouent également un rôle.

Le défilement infini, les suggestions personnalisées et les notifications rendent particulièrement facile le passage d’une information à une autre.

Il n’est plus nécessaire de rechercher activement les nouvelles : elles peuvent apparaître directement sur notre écran.

Résultat, la frontière entre le moment où l’on décide de s’informer et celui où l’on continue par habitude devient parfois difficile à distinguer.

L’accumulation de mauvaises nouvelles peut-elle affecter notre moral ?

La recherche scientifique commence à mieux documenter les liens entre la consommation répétée de contenus négatifs et le bien-être psychologique.

Une revue systématique et méta-analyse publiée en septembre 2026 dans la revue Frontiers in Psychology a examiné 44 études consacrées au doomscrolling et à ses conséquences psychologiques.

Les chercheurs ont observé des associations entre ce comportement et plusieurs indicateurs, notamment l’anxiété, la détresse psychologique ou une satisfaction de vie plus faible.

Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence.

Les auteurs soulignent que les études disponibles ne permettent pas d’établir un lien de cause à effet.

Autrement dit, il n’est pas démontré que consulter trop de mauvaises nouvelles provoque directement des troubles psychologiques. Il est aussi possible que les personnes déjà anxieuses soient davantage attirées par ces contenus.

La relation pourrait fonctionner dans les deux sens.

Une autre étude publiée dans Nature Human Behaviour a d’ailleurs mis en évidence des interactions entre l’humeur des internautes et la nature des informations qu’ils choisissent de consulter.

Les personnes se sentant moins bien peuvent rechercher davantage de contenus négatifs, lesquels peuvent ensuite contribuer à entretenir une humeur défavorable.

Les réseaux sociaux occupent une place considérable dans notre quotidien

La question dépasse largement le seul domaine de l’actualité.

Dans une enquête publiée en septembre 2026, l’UFC-Que Choisir s’est intéressée aux habitudes numériques des Français.

Selon ce sondage, les répondants passent en moyenne douze heures par semaine sur les réseaux sociaux.

Plus révélateur encore, 48 % considèrent y consacrer trop de temps.

Le sentiment de perte de contrôle n’est donc pas réservé aux personnes qui suivent intensément les informations.

Il concerne également les usages numériques du quotidien.

Ces plateformes permettent de communiquer, de découvrir des contenus, de s’informer et de se divertir.

Mais leur consultation peut devenir tellement habituelle qu’elle s’intègre à presque tous les moments disponibles : dans les transports, pendant les repas, au réveil ou juste avant de dormir.

Et lorsqu’une actualité particulièrement inquiétante domine les discussions, il peut devenir difficile d’y échapper.

Faut-il arrêter de regarder les informations pour aller mieux ?

Certaines personnes choisissent de couper complètement les actualités pendant plusieurs jours.

D’autres désactivent les notifications, suppriment certaines applications ou décident de ne plus regarder les chaînes d’information en continu.

Mais se couper totalement du monde n’est pas nécessairement la meilleure solution.

S’informer permet de comprendre les enjeux de société, de prendre des décisions et de participer à la vie collective.

L’objectif n’est donc pas de ne plus rien savoir, mais de retrouver une manière plus équilibrée de suivre l’actualité.

L’Organisation mondiale de la santé recommande notamment de limiter le temps consacré aux informations lorsque leur consultation augmente le stress.

Les spécialistes de la psychologie suggèrent également de fixer des moments précis pour consulter l’actualité plutôt que de vérifier continuellement son téléphone.

Cette organisation peut aider à distinguer le besoin réel d’information du simple réflexe de consultation.

Cinq habitudes pour continuer à s’informer sans se sentir submergé

Il n’est pas nécessaire de renoncer à son téléphone ou aux médias pour retrouver un peu de sérénité.

Quelques changements peuvent suffire à modifier ses habitudes.

Choisir des moments précis pour s’informer. Consulter les actualités le matin et en fin de journée, par exemple, permet d’éviter de multiplier les vérifications tout au long de la journée.

Désactiver les notifications non essentielles. Toutes les informations ne nécessitent pas une alerte immédiate. Garder uniquement les notifications importantes peut réduire les interruptions.

Privilégier des articles explicatifs. Lire un reportage ou une analyse approfondie peut permettre de mieux comprendre un événement que de parcourir des dizaines de publications fragmentées.

Éviter les informations anxiogènes avant le coucher. Lorsque l’actualité provoque du stress, la consulter juste avant de dormir peut compliquer le retour au calme.

Diversifier les contenus consultés. Culture, sciences, initiatives solidaires, découvertes ou témoignages peuvent offrir une vision plus large de la société, sans nier les difficultés du monde.

Il ne s’agit pas de rechercher exclusivement des informations positives, mais d’éviter qu’une succession d’événements inquiétants constitue notre seule représentation de la réalité.

Les médias ont aussi une responsabilité

La fatigue informationnelle interroge également la manière dont l’actualité est présentée.

Dans un environnement où les plateformes se disputent l’attention des internautes, les titres alarmants, les polémiques et les événements spectaculaires peuvent occuper une place considérable.

Mais les attentes du public ne se résument pas à cette recherche d’émotions fortes.

Le baromètre 2026 de la confiance dans les médias montre que 68 % des Français interrogés estiment que les médias privilégient trop souvent la confrontation des opinions au détriment de l’explication et de la pédagogie.

Dans le même temps, les répondants souhaitent davantage de sujets proches de leurs préoccupations quotidiennes.

Ces résultats rappellent une réalité essentielle : informer ne consiste pas uniquement à annoncer ce qui vient de se produire.

C’est aussi expliquer pourquoi un événement est important, remettre les faits en perspective et permettre au public de les comprendre.

Face à la multiplication des contenus disponibles, la qualité de l’information et sa contextualisation deviennent des enjeux majeurs.

Et si nous avions surtout besoin de mieux comprendre le monde ?

La fatigue informationnelle ne signifie pas nécessairement que les Français ne veulent plus savoir ce qui se passe autour d’eux.

Elle peut aussi traduire un besoin de recul, de compréhension et d’informations plus utiles.

Car consulter davantage d’actualités ne signifie pas toujours être mieux informé.

Entre les alertes incessantes, les contenus contradictoires et les publications qui jouent sur les émotions, le véritable défi consiste peut-être à retrouver du sens dans ce que nous lisons.

Apprendre à s’informer autrement, c’est aussi accepter de ne pas connaître chaque événement à la minute où il survient.

Et si, finalement, le meilleur moyen de rester informé consistait parfois à poser son téléphone pour prendre le temps de comprendre ce que l’on vient de lire ?