Il y a des années, Michael Ryan dormait dans le métro londonien, confronté à des problèmes de santé mentale et d’addiction.

Aujourd’hui, cet Irlandais contribue à transformer l’accompagnement des personnes vivant des difficultés similaires. À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, ce samedi 10 octobre, retour sur un parcours qui bouscule les préjugés et rappelle que le rétablissement peut prendre des formes inattendues.
Un père et son fils empruntent le métro de Londres pour assister à un match de football. Une scène presque banale. Mais pour Michael Ryan, ce trajet possède une signification particulière.
Des années auparavant, il avait connu ces mêmes stations dans des circonstances radicalement différentes. Sans domicile, confronté à de profondes difficultés psychiques et à des problèmes d’addiction, il avait trouvé refuge dans le métro de la capitale britannique.
Cette fois, il accompagne son fils de 18 ans pour aller voir Arsenal affronter Everton.
Entre ces deux moments, une vie s’est reconstruite.
Son histoire, racontée en mai 2026 par le bureau européen de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), illustre une autre manière d’envisager les troubles psychiques : celle d’un rétablissement qui ne se limite pas à la disparition des symptômes, mais qui permet de retrouver une place, des projets et des relations.
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, nous revenons, en questions-réponses, sur les grandes étapes de son parcours à partir de son témoignage recueilli par l’OMS.
Comment Michael Ryan s’est-il retrouvé à vivre dans le métro londonien ?
L’histoire rapportée par l’OMS évoque un jeune homme venu à Londres pour tenter d’échapper aux traumatismes et aux difficultés qui marquaient sa vie.
Ses problèmes de santé mentale, associés à des conduites addictives, l’ont conduit à une situation de très grande précarité.
À cette époque, le métro londonien était devenu l’un de ses refuges.
La rue, l’isolement et les troubles psychiques peuvent former un cercle particulièrement difficile à rompre. L’absence de stabilité rend l’accès aux soins plus compliqué, tandis que les difficultés de santé peuvent elles-mêmes fragiliser les liens sociaux et les possibilités de retrouver un logement.
Le témoignage de Michael Ryan rappelle toutefois qu’aucune trajectoire n’est définitivement figée.
Son parcours n’a pas basculé grâce à une solution miraculeuse. Un changement décisif s’est produit lorsqu’il a rencontré quelqu’un capable de comprendre ce qu’il traversait.
Quelle rencontre a changé sa manière d’envisager l’avenir ?
C’est probablement l’un des aspects les plus marquants de son histoire.
Alors qu’il traversait une période difficile, Michael Ryan a rencontré un homme qui avait lui-même connu des problèmes de santé mentale comparables aux siens.
Mais cet homme avait progressé dans son propre rétablissement et accompagnait désormais d’autres personnes.
Pour Michael, cette rencontre a été déterminante.
Il ne se trouvait plus uniquement face à un professionnel lui expliquant ce qu’il devait faire. Il découvrait quelqu’un ayant traversé des difficultés proches et qui pouvait témoigner, par son existence même, de la possibilité d’aller mieux.
La confiance est venue de cette expérience commune.
L’homme rencontré l’a encouragé à mieux comprendre ses propres difficultés et à chercher les moyens de reprendre une part active dans sa vie.
Progressivement, Michael Ryan a commencé à ne plus se définir uniquement à travers sa maladie ou son parcours de soins.
Cette rencontre lui a ouvert une perspective qu’il peinait jusque-là à imaginer.
Pourquoi le témoignage d’une autre personne peut-il être si important ?
Dans le domaine de la santé mentale, cette approche porte un nom : la pair-aidance.
Elle consiste à reconnaître que les personnes ayant vécu des difficultés psychiques peuvent utiliser cette expérience pour accompagner d’autres personnes, dans un cadre adapté.
Cela ne signifie pas qu’un témoignage remplace un diagnostic, un traitement ou un suivi médical.
En revanche, il peut apporter quelque chose de complémentaire : une compréhension concrète de situations parfois difficiles à expliquer à quelqu’un qui ne les a jamais vécues.
Une personne ayant connu une hospitalisation psychiatrique, par exemple, peut comprendre certaines peurs, certaines interrogations ou certaines difficultés quotidiennes rencontrées par d’autres patients.
Elle peut également montrer qu’une vie satisfaisante reste envisageable malgré la persistance de troubles.
C’est précisément cette dimension qui a marqué Michael Ryan.
En rencontrant quelqu’un qui avait traversé une expérience proche de la sienne, il a découvert une forme d’espoir reposant sur une réalité tangible.
Comment est-il passé de personne accompagnée à responsable d’un programme de santé mentale ?
Après avoir lui-même bénéficié de soutien, Michael Ryan a progressivement commencé à accompagner d’autres personnes.
Il s’est d’abord engagé bénévolement dans des programmes faisant intervenir des personnes ayant une expérience vécue des troubles psychiques.
Son parcours l’a ensuite conduit à exercer des responsabilités au sein des services de santé irlandais.
Selon l’OMS, il est devenu responsable de la coordination des actions en santé mentale et du rétablissement au sein du Health Service Executive, le service public de santé irlandais.
Son travail ne consiste donc plus seulement à raconter son histoire.
Il participe à l’évolution des pratiques d’accompagnement et à la réflexion sur l’organisation des services.
Parmi les initiatives présentées par l’OMS figurent le développement de fonctions permettant d’associer les personnes concernées à l’amélioration des soins, des actions de sensibilisation contre la stigmatisation ainsi que des structures de formation fondées sur la collaboration entre patients, proches et professionnels.
L’expérience personnelle de Michael Ryan est ainsi devenue une expertise reconnue dans son domaine d’activité.
Est-il possible de se reconstruire sans être complètement guéri ?
C’est une question essentielle de son témoignage.
Michael Ryan ne présente pas son parcours comme une guérison définitive après laquelle toutes les difficultés auraient disparu.
L’OMS précise qu’il continue de faire face à certains problèmes de santé mentale et considère toujours son rétablissement comme un processus en cours.
Cette distinction change profondément la manière d’aborder les troubles psychiques.
Dans une approche strictement médicale, l’amélioration peut être principalement évaluée à travers l’évolution des symptômes.
La notion de rétablissement personnel va plus loin.
Elle prend également en compte la possibilité de retrouver une autonomie, de nouer des relations, d’avoir un logement, de travailler ou de développer des projets.
Une personne peut ainsi continuer à vivre avec certaines difficultés tout en construisant une existence qui lui convient davantage.
Cela ne minimise pas l’importance des soins. Au contraire, cette approche cherche à les inscrire dans une perspective plus large, centrée sur les besoins et les aspirations de chacun.
Que représente aujourd’hui ce trajet en métro avec son fils ?
C’est sans doute l’image la plus forte de cette histoire.
Dans le témoignage publié par l’OMS, Michael Ryan revient sur un déplacement à Londres avec son fils, alors âgé de 18 ans.
Ils se rendent à un match de football entre Arsenal et Everton.
Les stations du métro, les bruits et l’agitation lui rappellent une autre période de son existence.
Mais sa situation a profondément changé.
Il n’est plus cet homme isolé qui cherchait un endroit où dormir.
Il est désormais un père qui partage un moment avec son enfant.
L’OMS rapporte également une anecdote survenue lorsque son fils était plus jeune. À l’école, lorsqu’on lui avait demandé quel était son jeu préféré, l’enfant avait répondu qu’il aimait jouer avec son père.
Ce souvenir occupe une place particulière dans la manière dont Michael Ryan envisage son rétablissement.
Il rappelle que les progrès les plus importants ne se mesurent pas toujours à travers des fonctions professionnelles ou des distinctions.
Ils peuvent aussi se manifester dans les moments ordinaires de la vie familiale.
Pourquoi son histoire résonne-t-elle particulièrement ce 10 octobre 2026 ?
La Journée mondiale de la santé mentale met cette année à l’honneur l’expérience vécue des personnes concernées par les troubles psychiques.
Le thème retenu par l’Organisation mondiale de la santé est : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ».
L’objectif est de dépasser la simple diffusion de témoignages.
L’OMS souhaite que les personnes concernées puissent réellement participer aux décisions qui influencent leur accompagnement, leurs soins et leurs conditions de vie.
Les chiffres publiés dans le cadre de cette campagne montrent qu’il reste du chemin à parcourir.
Parmi les pays ayant répondu à l’enquête internationale de l’OMS, 45 % déclarent collaborer de façon continue avec des personnes ayant une expérience vécue, ou avec des groupes représentant les familles et les aidants, pour organiser, fournir ou évaluer certains services de santé mentale.
Par ailleurs, 37 % des pays répondants indiquent avoir intégré ces personnes dans les formations destinées aux professionnels de santé de premier recours.
Autrement dit, l’expérience des patients est de plus en plus reconnue, mais son intégration systématique dans les politiques et les pratiques demeure incomplète.
Une autre manière de regarder les personnes vivant avec des troubles psychiques
Pendant longtemps, les discussions autour de la santé mentale ont principalement été dominées par les symptômes, les diagnostics et les traitements.
Ces questions restent fondamentales.
Mais elles ne racontent pas à elles seules ce que signifie vivre avec un trouble psychique.
Le parcours de Michael Ryan rappelle que les personnes concernées possèdent aussi des compétences, des aspirations, des relations et des projets.
Elles ne se résument pas à une pathologie.
Cette reconnaissance peut également contribuer à lutter contre certaines représentations qui enferment les personnes dans leur passé ou leur diagnostic.
Il ne s’agit pas de faire de Michael Ryan un modèle universel. Tous les parcours de rétablissement sont différents, et chacun ne dispose pas des mêmes ressources ou des mêmes possibilités.
Mais son histoire montre qu’un passé marqué par de grandes difficultés n’empêche pas nécessairement de construire un avenir différent.
Au-delà de la maladie, retrouver une place dans la société
Aujourd’hui, Michael Ryan participe à des travaux visant à mieux intégrer l’expérience des personnes concernées dans les services de santé mentale.
Son parcours rejoint ainsi les orientations défendues par l’OMS : développer un accompagnement davantage centré sur les personnes, reconnaître leur autonomie et favoriser leur participation à la vie collective.
Derrière les réformes, les programmes et les politiques publiques, son histoire conserve pourtant une dimension profondément humaine.
Celle d’un homme qui a connu la rue, qui a traversé des périodes de souffrance et qui a découvert, grâce notamment à la rencontre d’une autre personne concernée, qu’un avenir restait possible.
Des années plus tard, un simple trajet en métro avec son fils raconte une transformation qu’aucune statistique ne pourrait résumer à elle seule.
En cette Journée mondiale de la santé mentale, ce parcours invite finalement à poser une question essentielle : et si accompagner les personnes en difficulté consistait aussi à leur donner la possibilité de participer pleinement aux décisions qui les concernent ?
Cet article est un portrait documentaire présenté sous forme de questions-réponses. Il s’appuie sur le témoignage de Michael Ryan recueilli et publié par l’Organisation mondiale de la santé le 7 mai 2026, ainsi que sur la campagne de l’OMS pour la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre 2026. Il ne s’agit pas d’un entretien réalisé directement par Fautquonenparle.fr.

