Pourquoi ressent-on le blues du dimanche soir ? Une étude récente explique cette angoisse avant le lundi et les moyens de mieux la gérer.

Le week-end touche à sa fin et, sans raison apparente, une boule au ventre s’installe. À l’approche du lundi, le blues du dimanche soir touche de nombreuses personnes. Une étude récente permet de mieux comprendre ce phénomène.
Il est 19 heures. Le dimanche s’achève doucement. Le week-end semblait pourtant agréable, mais quelque chose change. Les pensées se tournent vers le réveil du lendemain, les dossiers en attente, les réunions ou les obligations de la semaine.
Une sensation de mélancolie apparaît. Parfois accompagnée d’une irritabilité inhabituelle, d’une fatigue soudaine ou de difficultés à trouver le sommeil.
Ce phénomène possède un nom : le blues du dimanche soir, également appelé Sunday Blues dans les pays anglophones.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il ne concerne pas uniquement les personnes qui détestent leur travail.
Une étude scientifique s’intéresse au blues du dimanche
Publiée le 4 septembre 2026 dans la revue scientifique Frontiers in Psychology, une étude s’est intéressée aux mécanismes psychologiques qui peuvent expliquer cette baisse de moral à l’approche du lundi.
Les chercheurs ont organisé six groupes de discussion réunissant 26 salariés aux Pays-Bas, ayant déjà ressenti ce phénomène.
Leurs observations mettent en évidence plusieurs manifestations : stress, anxiété, fatigue, pensées répétitives, tendance à repousser certaines tâches ou encore retrait social.
Mais les chercheurs soulignent surtout que le blues du dimanche ne repose pas sur une seule explication.
Deux mécanismes peuvent se combiner : la déception de voir le week-end s’achever et l’appréhension des obligations de la semaine suivante.
Cette étude qualitative reste exploratoire. Elle ne permet pas d’estimer combien de personnes sont concernées dans la population générale, mais elle apporte un éclairage intéressant sur les expériences vécues par les salariés.
Pourquoi notre cerveau commence-t-il déjà à travailler le dimanche ?
C’est l’un des aspects les plus intéressants de ce phénomène.
Même lorsque nous sommes physiquement à la maison, notre esprit peut commencer à anticiper les événements des prochains jours.
Une réunion importante, une conversation difficile avec un collègue, une échéance professionnelle ou simplement une semaine particulièrement chargée peuvent occuper nos pensées.
Ce mécanisme est lié à ce que les chercheurs appellent le stress anticipatoire.
Il apparaît lorsqu’une personne commence à ressentir les effets émotionnels d’une situation avant même qu’elle ne se produise.
Autrement dit, le lundi n’a pas encore commencé, mais notre cerveau peut déjà réagir comme si les difficultés étaient imminentes.
L’incertitude joue également un rôle.
Ne pas savoir précisément comment se déroulera une réunion ou si l’on parviendra à terminer certaines tâches peut alimenter les inquiétudes.
Et plus ces pensées occupent de place, plus il devient difficile de profiter pleinement des dernières heures de repos.
Le sentiment de ne pas avoir assez profité du week-end
Mais le travail n’explique pas tout.
L’étude publiée dans Frontiers in Psychology identifie également un sentiment de déception face au week-end qui s’achève.
Pendant cinq jours, beaucoup de personnes attendent avec impatience le samedi et le dimanche.
Elles imaginent pouvoir se reposer, retrouver leurs proches, pratiquer une activité ou simplement prendre du temps pour elles.
Mais la réalité est parfois bien différente.
Courses, ménage, obligations familiales, démarches administratives ou événements imprévus occupent une grande partie du temps disponible.
Le dimanche soir, certaines personnes réalisent alors qu’elles n’ont pas véritablement profité de leur repos.
Un sentiment de frustration peut apparaître, accompagné de l’impression que le week-end est passé beaucoup trop vite.
Les chercheurs soulignent que cette déception peut contribuer au blues du dimanche, même lorsque la semaine professionnelle qui s’annonce ne présente aucune difficulté particulière.
Quand le travail déborde jusque dans notre salon
La frontière entre vie personnelle et vie professionnelle peut également devenir difficile à maintenir. Avec les smartphones, les messageries professionnelles et le télétravail, les sollicitations peuvent parfois se prolonger bien au-delà des horaires habituels.
Un courriel reçu le dimanche soir peut suffire à rappeler une urgence professionnelle ou une tâche laissée inachevée.
Même sans répondre au message, certaines personnes commencent à réfléchir au problème. Leur temps de repos se transforme alors progressivement en préparation mentale de la semaine.
Cette difficulté à décrocher ne dépend pas uniquement des habitudes individuelles.
La charge de travail, l’organisation de l’entreprise et les attentes de disponibilité peuvent également jouer un rôle.
L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) rappelle d’ailleurs que la prévention des risques psychosociaux passe notamment par une meilleure évaluation de la charge de travail, davantage d’autonomie et une conciliation plus équilibrée entre vie professionnelle et vie privée.
Pourquoi certains dimanches sont-ils plus difficiles que d’autres ?
Le blues du dimanche n’est pas nécessairement présent chaque semaine. Il peut être plus marqué lorsqu’un événement important approche ou que les journées précédentes ont été particulièrement fatigantes.
Une personne qui doit reprendre le travail après des vacances peut, par exemple, ressentir davantage d’appréhension qu’à l’issue d’un week-end ordinaire.
De même, un conflit professionnel non résolu ou une période d’incertitude peut amplifier les inquiétudes. À l’inverse, un projet motivant, une bonne ambiance au travail ou une semaine moins chargée peuvent rendre la transition beaucoup plus agréable.
Les chercheurs soulignent que l’autonomie professionnelle et l’intérêt porté à son activité peuvent contribuer à atténuer ce phénomène.
Le blues du dimanche n’est donc pas une fatalité. Il dépend aussi du contexte personnel et professionnel de chacun.
Le dimanche soir peut-il perturber notre sommeil ?
Lorsque les pensées s’accumulent au moment du coucher, il peut devenir difficile de trouver le sommeil. Certaines personnes ressassent les tâches du lendemain, imaginent des situations stressantes ou vérifient plusieurs fois leur réveil.
Ce phénomène peut favoriser un état de vigilance peu compatible avec l’endormissement. L’Assurance maladie rappelle que les difficultés de sommeil peuvent être aggravées par le stress et certaines habitudes du soir.
Elle recommande notamment de conserver des horaires réguliers, de limiter les écrans avant le coucher et de privilégier les activités relaxantes. Il est également conseillé d’éviter les excitants en fin de journée et de réserver la chambre au repos.
Mais vouloir absolument s’endormir peut parfois devenir une source de pression supplémentaire. L’essentiel est de retrouver progressivement une routine qui facilite la détente, plutôt que de transformer la préparation du lundi en nouvelle obligation.
Pour retrouver un repos de meilleure qualité, certaines habitudes peuvent faire la différence. Nous avions notamment consacré un article aux huit clés d’une bonne hygiène du sommeil, avec plusieurs conseils pour améliorer ses nuits.
Comment éviter que le dimanche soir gâche la fin du week-end ?
Il n’existe pas de solution universelle, mais plusieurs habitudes peuvent contribuer à rendre cette transition plus agréable.
Anticiper légèrement la semaine. Consacrer quelques minutes à identifier les principales tâches du lundi peut aider à réduire le sentiment d’incertitude. L’objectif n’est pas de travailler toute la soirée, mais de clarifier les priorités.
Préserver un véritable moment de détente. Une promenade, un film, un repas agréable ou une activité personnelle permettent de conserver une dimension positive jusqu’à la fin du dimanche.
Éviter de consulter inutilement les messages professionnels. Lorsque l’organisation du travail le permet, couper les notifications peut aider à maintenir une séparation entre repos et obligations.
Ne pas surcharger son week-end. Vouloir absolument tout faire en deux jours peut créer une pression supplémentaire. Prévoir du temps libre sans objectif précis peut être bénéfique.
Organiser quelque chose d’agréable pendant la semaine. Un dîner entre amis, une activité sportive ou un projet personnel permettent de ne pas considérer le lundi comme le début de cinq journées exclusivement consacrées aux obligations.
Ces pistes ne remplacent évidemment pas une action sur les conditions de travail lorsqu’elles sont à l’origine du problème.
Et si le blues du dimanche révélait un malaise plus profond ?
Ressentir ponctuellement une certaine mélancolie à la fin du week-end n’a rien d’exceptionnel.
Mais lorsque l’angoisse devient intense, revient systématiquement ou provoque des troubles du sommeil importants, il peut être nécessaire de s’interroger sur ses causes.
Une charge de travail excessive, des tensions professionnelles, un sentiment d’épuisement ou une insatisfaction persistante peuvent contribuer à cette appréhension.
Dans certains cas, le dimanche soir devient le moment où les difficultés accumulées pendant la semaine refont surface. Il est alors important de ne pas réduire systématiquement ce malaise à un simple manque de motivation.
L’Assurance maladie rappelle qu’une anxiété trop intense ou qui perturbe durablement la vie quotidienne mérite une attention particulière. Parler de ses difficultés à un professionnel de santé peut permettre de mieux en identifier les causes et de trouver un accompagnement adapté.
Lorsque le travail est directement concerné, le médecin du travail peut également jouer un rôle.
Faut-il vraiment aimer le lundi pour être heureux ?
Notre rapport au dimanche soir en dit parfois beaucoup sur la place que nous accordons au travail. Pour certains, le lundi représente une nouvelle occasion d’avancer, de retrouver leurs collègues ou de développer des projets.
Pour d’autres, il symbolise la reprise des contraintes, des horaires et des responsabilités. Mais apprécier son travail ne signifie pas nécessairement attendre le lundi avec impatience.
Il est parfaitement possible d’aimer son activité professionnelle tout en regrettant la fin d’un week-end agréable. Le véritable enjeu est peut-être ailleurs : parvenir à construire un quotidien dans lequel les moments de plaisir, de repos et de liberté ne se limitent pas à deux journées par semaine.
Car lorsque toute notre attention se concentre sur l’attente du prochain week-end, les autres jours risquent de devenir de simples étapes à traverser.
Et si, finalement, le meilleur moyen de combattre le blues du dimanche soir consistait à rendre aussi les autres jours de la semaine un peu plus agréables ?

