Chaque automne, les chrysanthèmes envahissent les cimetières français. Pourtant, cette fleur venue d’Asie n’a pas toujours été associée au deuil. Une tradition dont l’histoire réserve quelques surprises.

chrysanthèmes

Chaque automne, les chrysanthèmes envahissent les cimetières français. Pourtant, cette fleur venue d’Asie n’a pas toujours été associée au deuil. Une tradition dont l’histoire réserve quelques surprises.

Jaunes, blancs, roses, violets ou orangés, les chrysanthèmes font leur retour chaque année à l’approche du 1er novembre. Dans les jardineries, chez les fleuristes et aux abords des cimetières, ces plantes aux couleurs éclatantes occupent une place particulière.

Pour de nombreuses familles, déposer un pot de chrysanthèmes sur la tombe d’un proche est devenu un geste presque incontournable de la Toussaint.

Mais pourquoi cette fleur plutôt qu’une autre ? Et comment une plante symbolisant ailleurs la joie ou la longévité est-elle devenue, en France, indissociable du souvenir des défunts ?

L’explication se trouve à la croisée de l’histoire, des traditions religieuses et des conséquences de la Première Guerre mondiale.

Une tradition encore très présente dans les familles françaises

Malgré l’évolution des pratiques, le fleurissement des tombes demeure une tradition bien ancrée dans les habitudes.

Selon l’étude Kantar réalisée pour FranceAgriMer et l’interprofession VALHOR, 3,8 millions de foyers français ont acheté des fleurs ou des plantes à l’occasion de la Toussaint 2025.

Cela représente 13,1 % des foyers, contre 13,8 % un an auparavant.

Les dépenses consacrées à ces achats ont atteint 114,35 millions d’euros en 2025, contre 124,10 millions en 2024.

Le budget moyen des foyers acheteurs s’est également réduit, passant de 29,40 euros à 27,40 euros.

Mais une plante continue de dominer largement les ventes.

En 2025, le chrysanthème représentait 59 % des quantités de végétaux achetés pour la Toussaint, devant les pensées, les bruyères et les cyclamens.

Une place considérable qui s’explique par une tradition vieille de plusieurs générations.

Pourquoi le chrysanthème est-il devenu la fleur des morts ?

Contrairement à une idée répandue, l’association entre les chrysanthèmes et les cimetières ne date pas uniquement de la Première Guerre mondiale.

Dès le XIXe siècle, cette fleur commence à être utilisée pour décorer certaines sépultures françaises.

Elle présente un avantage particulièrement pratique : sa floraison intervient à l’automne, au moment où de nombreuses autres plantes ont déjà terminé leur cycle.

À une période où les températures diminuent et où les journées raccourcissent, le chrysanthème apporte des couleurs vives dans les cimetières.

Selon les recherches historiques rappelées par le Guichet du Savoir de la Bibliothèque municipale de Lyon, cette plante commence notamment à remplacer certaines bougies traditionnellement déposées sur les tombes au XIXe siècle.

Mais un événement va considérablement renforcer sa popularité.

En 1919, la Première Guerre mondiale bouleverse cette tradition

La France sort profondément meurtrie de la Première Guerre mondiale.

Des centaines de milliers de familles pleurent leurs proches et le souvenir des soldats disparus occupe une place centrale dans la société.

En novembre 1919, à l’occasion du premier anniversaire de l’Armistice, le président de la République Raymond Poincaré appelle à fleurir les monuments aux morts.

Le chrysanthème, qui fleurit précisément à cette période de l’année, s’impose naturellement parmi les plantes utilisées pour rendre hommage aux soldats.

La pratique était déjà présente auparavant, mais les commémorations de l’après-guerre contribuent à la populariser davantage.

Progressivement, le chrysanthème devient l’une des fleurs les plus associées au souvenir des disparus.

La tradition se rapproche alors de la période de la Toussaint, célébrée quelques jours avant l’anniversaire de l’Armistice.

Au fil du temps, ce geste de mémoire se généralise dans les cimetières, bien au-delà des seules tombes militaires.

Toussaint et fête des morts : deux dates souvent confondues

C’est une distinction que beaucoup de Français ignorent.

La Toussaint, célébrée chaque 1er novembre, est une fête catholique consacrée à l’ensemble des saints, connus ou inconnus.

Le jour officiellement consacré à la commémoration des fidèles défunts est en réalité le 2 novembre.

Les deux célébrations sont donc différentes, même si elles sont très proches dans le calendrier.

Pourquoi, alors, les familles se rendent-elles principalement au cimetière le 1er novembre ?

L’explication est notamment pratique.

En France, le 1er novembre est un jour férié, contrairement au 2 novembre.

Il est donc plus facile pour de nombreuses personnes de profiter de cette journée pour entretenir une sépulture, déposer des fleurs ou se recueillir auprès de leurs proches disparus.

Avec le temps, les deux traditions se sont ainsi étroitement rapprochées dans les habitudes populaires.

Aujourd’hui, la visite au cimetière dépasse d’ailleurs le seul cadre religieux. Pour certaines familles, elle représente avant tout un moment de souvenir et de transmission.

Une fleur venue d’Asie qui ne symbolise pas partout le deuil

L’histoire du chrysanthème réserve une autre surprise.

Si cette plante est presque automatiquement associée aux cimetières en France, sa signification est très différente dans plusieurs pays asiatiques.

Originaire d’Asie, le chrysanthème est cultivé en Chine depuis plus de deux mille ans.

Son nom vient de deux termes grecs évoquant l’or et la fleur, ce qui lui vaut parfois le surnom de « fleur d’or ».

En Chine, cette plante occupe une place importante dans les traditions horticoles et culturelles.

Au Japon, elle est notamment associée à la longévité et possède une forte dimension symbolique.

Là où les Français peuvent hésiter à offrir un bouquet de chrysanthèmes en raison de son association avec les tombes, cette même fleur peut donc évoquer ailleurs une signification bien plus positive.

Cela montre à quel point le sens attribué aux fleurs dépend des histoires et des traditions propres à chaque société.

Une même plante peut représenter le souvenir, la joie, le respect ou la longévité selon les cultures.

Pourquoi trouve-t-on autant de couleurs différentes ?

Lorsqu’on évoque les chrysanthèmes, on pense souvent aux grosses fleurs jaunes ou blanches.

Pourtant, les horticulteurs cultivent de nombreuses variétés aux formes et aux teintes différentes.

Certaines possèdent de petites fleurs réunies en bouquets denses. D’autres développent des fleurs beaucoup plus imposantes.

Cette diversité permet de composer des arrangements variés pour les jardins, les terrasses ou les sépultures.

Le chrysanthème présente également l’avantage de fleurir à une période où les journées deviennent plus courtes.

Sa saisonnalité contribue largement à son succès au moment de la Toussaint.

Il faut cependant tenir compte des conditions météorologiques, car toutes les variétés ne supportent pas de la même manière le froid intense ou les fortes gelées.

Le chrysanthème n’est donc pas seulement une plante symbolique : c’est aussi une fleur particulièrement adaptée au calendrier automnal.

Les Français continuent de fleurir les tombes, mais leurs habitudes évoluent

Les dernières données du secteur horticole montrent que la tradition reste importante, même si les achats diminuent.

Entre 2024 et 2025, le nombre de foyers achetant des fleurs ou des plantes pour la Toussaint est passé de 4 millions à 3,8 millions.

Le chrysanthème reste largement majoritaire, mais sa part dans les quantités achetées a reculé de cinq points en un an.

D’autres plantes, notamment les pensées, occupent une place croissante.

Les habitudes d’achat évoluent également.

Certaines familles privilégient les jardineries ou les grandes surfaces, tandis que d’autres se tournent vers des producteurs locaux.

D’autres encore choisissent des plantes adaptées aux conditions climatiques ou des compositions qui pourront être conservées plus longtemps.

Ces évolutions ne signifient pas nécessairement que les Français accordent moins d’importance au souvenir de leurs proches.

Les façons de rendre hommage peuvent aussi changer.

Certains préfèrent déposer une fleur, entretenir une sépulture ou simplement consacrer un moment à la mémoire d’une personne disparue.

Halloween et Toussaint : deux façons très différentes d’aborder la mort

Cette période de l’année rassemble également plusieurs traditions qui entretiennent un rapport particulier avec la mort et l’invisible.

Le 31 octobre, Halloween donne une place centrale aux fantômes, aux monstres et aux histoires effrayantes.

Quelques heures plus tard, la Toussaint invite à une célébration religieuse, tandis que la commémoration des défunts du 2 novembre est consacrée au souvenir de ceux qui nous ont quittés.

Les significations sont différentes, mais ces rendez-vous montrent combien les sociétés ont développé des manières variées d’aborder la disparition, la mémoire et les croyances.

Les origines de ces traditions, les représentations de la mort et notre fascination pour les phénomènes surnaturels sont notamment explorées dans notre émission radio « Halloween : pourquoi aime-t-on avoir peur ? », diffusée ce vendredi 30 octobre à 21 heures.

Un sujet qui rappelle que les fêtes populaires ne se résument pas toujours aux images qu’elles véhiculent aujourd’hui.

Derrière les citrouilles d’Halloween et les chrysanthèmes de la Toussaint se cachent des siècles d’histoire et de traditions.

Une tradition qui dépasse désormais le simple geste de déposer des fleurs

Pour de nombreuses personnes, la Toussaint constitue aussi une occasion de se retrouver en famille.

Les générations se croisent autour d’une sépulture, les souvenirs se transmettent et les histoires de ceux qui ne sont plus là sont parfois racontées aux plus jeunes.

Le chrysanthème devient alors davantage qu’un simple élément décoratif.

Il matérialise un souvenir, une présence symbolique, une attention portée à une personne disparue.

Mais ce geste n’est ni une obligation ni la seule manière d’entretenir la mémoire d’un proche.

Certains choisissent d’allumer une bougie, d’autres de déposer une autre variété de fleurs ou de se recueillir sans rien apporter.

Finalement, si les chrysanthèmes sont devenus indissociables de la Toussaint en France, ce n’est pas uniquement en raison de leur floraison automnale.

C’est aussi parce que l’histoire, les guerres et les habitudes familiales ont progressivement transformé cette fleur venue d’Asie en un symbole collectif du souvenir.

Et chaque automne, lorsque les cimetières se couvrent à nouveau de couleurs, cette tradition continue de relier les générations à travers un geste aussi simple que symbolique.