Factures, ménage, démarches ou projets personnels… Nous repoussons parfois des tâches pourtant importantes. Une étude récente éclaire les raisons de cette tendance et les moyens de la surmonter.

Factures, ménage, démarches ou projets personnels… Nous repoussons parfois des tâches pourtant importantes. Une étude récente éclaire les raisons de cette tendance et les moyens de la surmonter.
Une facture à régler, un courrier administratif à envoyer, un rendez-vous à prendre ou simplement un placard à ranger. Nous avons tous, un jour ou l’autre, repoussé une tâche que nous savions pourtant nécessaire.
« Je le ferai demain. » Une phrase anodine, répétée parfois pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
Mais pourquoi est-il si difficile de commencer certaines activités alors que nous savons parfaitement qu’elles devront être réalisées tôt ou tard ?
Ce comportement possède un nom : la procrastination. Et contrairement aux idées reçues, il ne se résume pas forcément à un manque de volonté.
Une étude scientifique publiée le 7 octobre 2026 dans la revue Behavioral Sciences apporte un nouvel éclairage sur les mécanismes qui nous poussent à repousser nos obligations.
Pourquoi notre cerveau préfère-t-il remettre certaines tâches à plus tard ?
La procrastination correspond au fait de reporter volontairement une action, alors même que l’on sait que ce retard risque d’avoir des conséquences négatives.
Ce comportement peut concerner tous les domaines du quotidien.
Au travail, il peut s’agir d’un dossier difficile à commencer. Dans la vie personnelle, d’une démarche administrative, d’un appel important ou d’une décision que l’on préfère éviter.
Pourtant, les chercheurs en psychologie soulignent que la procrastination n’est pas toujours liée à une simple difficulté d’organisation.
Elle peut aussi constituer une manière de gérer des émotions désagréables.
Lorsqu’une tâche nous paraît ennuyeuse, compliquée ou stressante, l’idée de la repousser procure parfois un soulagement immédiat.
Consulter son téléphone, regarder une série ou effectuer une activité plus agréable devient alors particulièrement tentant.
Le problème, c’est que ce soulagement reste temporaire.
La tâche n’a pas disparu. Elle attend toujours, avec parfois une pression supplémentaire liée au temps qui passe.
Une nouvelle étude révèle ce qui peut vraiment nous aider à commencer
Le 7 octobre 2026, les chercheurs Anusha Garg et Jonathan W. Schooler, de l’Université de Californie à Santa Barbara, ont publié une étude consacrée aux mécanismes de la procrastination.
Leur objectif : comprendre comment aider une personne à commencer une activité qu’elle repousse depuis un certain temps.
L’expérience a réuni 238 adultes américains.
Chaque participant devait identifier une véritable tâche qu’il avait tendance à reporter.
Les chercheurs ont ensuite comparé plusieurs approches, notamment le fait de diviser l’activité en petites étapes et l’utilisation d’encouragements au cours de sa réalisation.
Les participants disposaient d’une période de travail de quinze minutes pendant laquelle leur engagement était évalué.
Les résultats suggèrent que structurer une tâche en sous-étapes favorise un engagement initial plus important.
Les encouragements, quant à eux, ne produisaient pas d’amélioration supplémentaire de cet engagement initial, mais ils étaient associés à une plus grande volonté de poursuivre l’effort.
Autrement dit, commencer et continuer à travailler ne reposent pas nécessairement sur les mêmes mécanismes.
Les chercheurs soulignent cependant que leurs conclusions concernent une expérience de courte durée. Elles ne permettent pas d’affirmer que cette méthode suffirait à résoudre durablement toutes les formes de procrastination.
Ce n’est pas forcément de la paresse
C’est probablement l’une des idées reçues les plus répandues.
Une personne qui remet régulièrement ses obligations au lendemain peut être considérée comme paresseuse ou peu motivée.
Pourtant, les recherches scientifiques invitent à nuancer cette interprétation.
Une étude publiée en 2025 dans le British Journal of Psychology s’est intéressée aux relations entre procrastination, attention et régulation des émotions.
Les chercheurs ont observé que les difficultés à gérer certaines réactions émotionnelles et à maintenir son attention pouvaient contribuer à expliquer la tendance à procrastiner.
Cela signifie que le problème ne réside pas nécessairement dans l’absence de motivation.
Une personne peut parfaitement souhaiter accomplir une tâche, tout en ressentant une résistance importante au moment de commencer.
Cette situation peut notamment se produire lorsqu’elle redoute de commettre une erreur, de ne pas être à la hauteur ou de devoir affronter une activité particulièrement désagréable.
Il faut également distinguer la procrastination d’un report volontaire et raisonnable.
Décider de repousser une tâche pour se reposer, récupérer après une période intense ou traiter une urgence plus importante n’est pas nécessairement de la procrastination.
La peur de mal faire peut-elle nous empêcher d’agir ?
Certaines personnes attendent le moment idéal pour commencer.
Elles souhaitent disposer de suffisamment de temps, être parfaitement concentrées ou avoir toutes les informations nécessaires.
Mais ce moment idéal peut ne jamais arriver.
La peur de l’échec, le perfectionnisme ou le sentiment de ne pas posséder les compétences suffisantes peuvent alors devenir des obstacles.
Prenons l’exemple d’une personne qui souhaite reprendre une formation.
Elle commence par rechercher des établissements, compare les programmes et consulte les conditions d’inscription.
Puis elle reporte sa décision, estimant qu’elle doit encore se renseigner.
Quelques semaines plus tard, elle n’a toujours effectué aucune démarche concrète.
Cette situation ne relève pas nécessairement d’un manque d’intérêt. Elle peut aussi traduire des hésitations face à une décision importante.
Le problème apparaît lorsque la recherche de conditions parfaites devient une raison de ne jamais passer à l’action.
Pourquoi les démarches administratives sont-elles si souvent repoussées ?
Les formalités administratives constituent un exemple particulièrement parlant.
Remplir un formulaire, réunir des justificatifs, contacter une administration ou comprendre un courrier peut demander du temps et de la concentration.
Lorsque les instructions semblent complexes, l’effort nécessaire peut décourager avant même de commencer.
Ces difficultés avaient notamment été abordées dans notre émission « L’administratif : le calvaire des Français », consacrée aux relations parfois compliquées entre les citoyens et les démarches du quotidien.
La procrastination peut alors créer un cercle difficile à interrompre.
Plus une formalité est repoussée, plus elle risque de devenir urgente.
Et lorsque l’échéance approche, le stress peut s’ajouter à la difficulté initiale.
Cette accumulation rappelle que le problème ne se situe pas toujours uniquement du côté de l’individu.
La complexité des démarches, le manque d’informations ou les contraintes matérielles peuvent également rendre certaines tâches difficiles à entreprendre.
Le stress peut entretenir un véritable cercle vicieux
En 2023, la chercheuse Fuschia M. Sirois, de l’Université de Durham, a publié une synthèse scientifique consacrée aux liens entre procrastination et stress.
Ses travaux soulignent que les situations stressantes peuvent renforcer la tendance à repousser certaines activités.
Lorsqu’une personne dispose déjà de peu de ressources pour faire face à ses obligations, une nouvelle tâche exigeante peut sembler particulièrement difficile.
Elle choisit alors de la remettre à plus tard pour éviter une émotion désagréable.
Mais ce report peut lui-même devenir une nouvelle source de stress.
La procrastination apparaît ainsi comme une stratégie de soulagement à court terme qui peut avoir des conséquences défavorables à plus long terme.
Ces mécanismes ne concernent pas uniquement les études ou le travail.
Ils peuvent également toucher les démarches financières, les décisions personnelles ou les tâches ménagères.
Pourquoi les téléphones compliquent-ils parfois les choses ?
Le smartphone offre une quantité presque illimitée de distractions immédiatement accessibles.
Une notification, une vidéo, un message ou une publication peuvent rapidement détourner l’attention.
Face à une tâche difficile, ces activités présentent un avantage évident : elles demandent généralement moins d’efforts et procurent une satisfaction plus rapide.
Il ne faut toutefois pas considérer les écrans comme l’unique cause de la procrastination.
Le comportement existait bien avant les réseaux sociaux.
Les outils numériques peuvent simplement fournir des occasions supplémentaires de reporter une activité.
Une personne qui hésite à commencer un dossier peut ainsi consulter son téléphone pendant quelques minutes, puis avoir du mal à revenir à son objectif initial.
Limiter les interruptions peut donc aider, mais cela ne résout pas automatiquement les difficultés émotionnelles ou organisationnelles à l’origine du report.
Comment arrêter de tout remettre au lendemain ?
La recherche scientifique ne propose pas de solution universelle, mais plusieurs stratégies peuvent faciliter le passage à l’action.
Diviser les tâches importantes en petites étapes. Plutôt que de prévoir de ranger entièrement son logement, commencer par un tiroir ou une pièce peut rendre l’objectif plus accessible.
Définir une première action précise. « M’occuper de mes papiers » reste une consigne assez vague. « Retrouver ma dernière facture d’électricité » constitue une action plus concrète.
Réduire les distractions. Éloigner son téléphone ou désactiver certaines notifications pendant une période de concentration peut faciliter le démarrage.
Prévoir des pauses. Alterner les moments d’activité et de repos peut rendre certaines obligations moins pesantes, particulièrement lorsqu’elles demandent beaucoup d’attention.
Reconnaître les progrès réalisés. Constater qu’une première étape a été accomplie peut aider à maintenir la motivation.
L’étude publiée en octobre 2026 renforce notamment l’intérêt de décomposer les tâches et de soutenir l’effort au fur et à mesure.
Il ne s’agit pas d’une méthode miracle, mais d’une approche concrète qui peut être testée dans la vie quotidienne.
Faut-il vraiment chercher à être productif en permanence ?
Derrière la procrastination se cache également une question plus large : notre rapport au temps.
Dans une société où il faut souvent travailler, gérer son foyer, entretenir ses relations et multiplier les projets, la pression de devoir constamment avancer peut devenir importante.
Mais toutes les périodes d’inactivité ne doivent pas être considérées comme des échecs.
Prendre du repos, réfléchir avant une décision ou consacrer du temps à une activité sans objectif particulier peut être parfaitement légitime.
Cette réflexion rejoint celle explorée dans notre émission « Slow Life : vivre mieux, vivre moins vite ? », consacrée à notre rythme quotidien et à la possibilité de ralentir dans une société toujours plus pressée.
L’enjeu consiste à distinguer deux situations.
D’un côté, le repos choisi, qui répond à un besoin réel.
De l’autre, le report répété d’une obligation qui finit par provoquer du stress, de la culpabilité ou des difficultés concrètes.
Vouloir mieux s’organiser ne signifie donc pas devoir remplir chaque minute de sa journée.
Quand la procrastination devient-elle réellement problématique ?
Remettre occasionnellement une tâche au lendemain est courant.
En revanche, lorsque ce comportement devient systématique, empêche d’avancer dans des projets importants ou provoque une souffrance persistante, il mérite davantage d’attention.
Les difficultés peuvent être liées à plusieurs facteurs : stress, anxiété, surcharge de travail, problèmes de concentration ou environnement peu favorable.
Il serait réducteur de chercher une explication unique.
Lorsque la situation affecte durablement le quotidien, un professionnel de santé peut aider à identifier les difficultés rencontrées et les solutions adaptées.
La procrastination n’est pas, à elle seule, un diagnostic médical.
Il est donc important de ne pas confondre une habitude de report avec un trouble psychologique ou une difficulté de santé particulière.
Et si le plus difficile était simplement de commencer ?
La nouvelle étude américaine met en lumière une idée finalement assez simple : une tâche importante peut devenir plus accessible lorsqu’elle cesse d’être perçue comme un objectif immense.
Écrire un rapport commence par une première phrase. Ranger un logement commence par un objet. Préparer un dossier administratif commence par un document.
Cette première étape ne garantit pas que tout sera terminé rapidement.
Mais elle peut modifier la manière dont nous percevons l’effort à accomplir.
Plutôt que d’attendre une motivation parfaite, il peut être utile de rendre le démarrage suffisamment simple pour qu’il ne paraisse plus insurmontable.
Car le véritable obstacle n’est pas toujours la quantité de travail qui nous attend. C’est parfois la difficulté à franchir les premières minutes.

